Un capitaine, un ami - Michel Côté
Michel Côté

Le temps passe, mais les souvenirs restent. Tout est gravé dans notre mémoire. Parfois, ces souvenirs sont supportables, d’autres fois pénibles. Comme étoiles filantes, les gens passent et chacun suit son chemin. Sur ce blog, je porterai mon regard sur ces routes, parfois parallèles, parfois entrecroisées.

Un capitaine, un ami

Un capitaine, un ami - Michel Côté

Le quartier le plus intéressant de a ville est situé près du port de Montréal. Il s’y passe toutes sortes de choses, de jour comme de nuit. J’aime l’agitation, les débarquements des navires, les cris des débardeurs, le clapotis de l’eau qui frappe sur les bateaux, et aussi quand, le soir venu, une autre foule arrive. Une pléthore de petits bars s’est installée là. Les marins, mais aussi les gens de la ville qui, comme moi, aiment cette ambiance, viennent boire un verre et discuter. Les rencontres que j’ai faites furent souvent incroyables. Lorsque les gens me voient arriver, ils sont toujours étonnés de voir un petit bout de femme comme moi venir dans ces lieux-là.

J’ai un grand ami, un ancien capitaine à la retraite. Il s’amuse à me faire peur en me racontant des histoires de jeunes femmes enlevées, qui finissent dans des harems lointains. D’autres fois, il se souvient des voyages qu’il a faits, à l’autre bout du monde, dans des îles lointaines, ou des villes gigantesques. Il me parle d’anciennes croyances, du kraken, ce poulpe géant qui coulait les navires en mer du Nord. Il me donne des conseils, m’encourage dans mes nouveaux projets. Je lui ai même parlé du planificateur financier que j’ai contacté récemment. Je sais qu’il est vieux et qu’un jour, il ne viendra pas. Mais, en attendant, je profite de tous ces instants. J’ai décidé de l’inviter dans mon appartement pour un petit souper.

J’avais proposé de venir le chercher à notre lieu habituel de rencontre. J’étais au comptoir, prenant un verre en l’attendant. Enfin, sa silhouette se découpa dans l’encadrement de la porte. Nous sommes restés à bavarder quelque temps, puis je lui rappelais mon invitation de ce soir. Il me dit qu’il était enchanté. Nous sommes partis tous les deux, mais, dans la voiture, je le sentais gêné. Lui qui était si bavard se taisait. Je me rendis compte qu’il n’avait peut-être pas l’habitude de passer une telle soirée. À l’intersection d’après, je fis demi-tour. Très surpris, il me demanda ce que je faisais. Je lui répondis que nous retournions aux quais. J’avais oublié mes clés sur le comptoir. Ce petit mensonge eu l’effet escompté. Il se détendit. De retour au bar, je m’assis tranquillement, commandais une assiette apéritive, et je déclarais que nous étions bien, ici. Mon ami le capitaine sourit, et il m’embarqua dans une nouvelle histoire rocambolesque, que j’écoutais avec plaisir.