Un accident au mauvais moment - Michel Côté
Michel Côté

Le temps passe, mais les souvenirs restent. Tout est gravé dans notre mémoire. Parfois, ces souvenirs sont supportables, d’autres fois pénibles. Comme étoiles filantes, les gens passent et chacun suit son chemin. Sur ce blog, je porterai mon regard sur ces routes, parfois parallèles, parfois entrecroisées.

Un accident au mauvais moment

Un accident au mauvais moment - Michel Côté

J’avais des livres, des bibelots et d’autres objets encore dont je ne me servais plus. Ils étaient regroupés dans une remise, au fond de mon jardin. Ma femme m’avait sommé, de nombreuses fois, de m’en débarrasser sous peine de tous les jeter. J’ai la manie de garder même le plus petit morceau de fer rouillé. Mes tiroirs sont pleins de vis, d’écrous, de clous, parfois très abîmés. Je sais les rénover, j’ai mes petits secrets. Le temps me manque, à présent que je suis père, pour trier tout ce que j’ai amassé. Nous étions aussi propriétaires d’une demeure à la campagne, dont nous avions rapporté des meubles que nous voulions repeindre. Un tri avait été fait à leur arrivée. La place qu’ils prenaient ne me permettait plus d’entreposer autant qu’avant ce que je récupérais. Nous devions vendre ce qui nous encombrait pendant une brocante de quartier.

Ma petite fille d’un an gazouillait dans son parc. Je la surveillais pendant que ma femme préparait l’emplacement sur lequel nous allions exposer. Un papillon se posa près de mon enfant. Le chat, qui passait à ce moment juste à côté, tendit la patte quand l’insecte s’envola. Je contemplais ce charmant tableau quand un cri me fit sursauter. Ma femme venait de se faire tomber sur le pied, une plaque de marbre. Elle hurlait de douleur. Tiraillé entre mes deux responsabilités, je laissais pour l’instant l’enfant en compagnie du félin. J’avais une grande confiance dans l’animal. Il semblait le savoir. Il se mit à quelques distances du lieu où je laissais l’enfant ; on aurait pu croire qu’il gardait un œil sur elle en mon absence.

Quand je vis que le pied de ma femme était gonflé, rouge, bleu, vert et violet, j’appelais les urgences. Ils arrivèrent bientôt et emmenèrent prestement ma pauvre chérie. Le premier diagnostic faisait état de multiples fractures. Le lendemain matin, j’étais seul avec ma fille et l’affluence des acheteurs commencerait dans dix minutes. La table était pleine de ce que nous devions vendre. J’allais chercher un parasol, une poussette pour bébé, des bouteilles d’eau dans une glacière, un sac kangourou pour la porter. Bien équipé, j’attendis les premiers clients. Toute la journée, les passants furent attendris par l’enfant. Je vendais tout ce que j’avais mis. À la fin de la journée, je devais déposer un courrier montreal. J’en ai donc profité pour ramener ma femme de l’hôpital. À son arrivée, elle fut ravie de constater que je m’en étais sorti sans elle. Je l’installais confortablement sur le canapé, je donnais le bain à la petite, que j’allais coucher. J’avais eu une bonne journée.