La maison de mes ancêtres - Michel Côté
Michel Côté

Le temps passe, mais les souvenirs restent. Tout est gravé dans notre mémoire. Parfois, ces souvenirs sont supportables, d’autres fois pénibles. Comme étoiles filantes, les gens passent et chacun suit son chemin. Sur ce blog, je porterai mon regard sur ces routes, parfois parallèles, parfois entrecroisées.

La maison de mes ancêtres

La maison de mes ancêtres - Michel Côté

Dans ma famille, une légende disait que nous avions eu, longtemps auparavant, une grande demeure familiale. Mais son emplacement exact était inconnu. Un été, je pris de longues vacances. J’avais fait des recherches sur ce récit. Toute la famille avait explosé, et j’avais été seul à rester dans le coin où elle était. En conséquence, nous nous voyions très peu à cette époque. Je repérais approximativement sur une carte, l’emplacement où je pensais découvrir, peut-être, la demeure de mes ancêtres, et j’allais me balader souvent vers le lieu où je pensais qu’elle pouvait se trouver.

Un jour, lors de l’une de ces promenades, je tombais sur des ruines en pleine forêt. De grands murs en partie écroulés formaient une enceinte. Je les suivais, jusqu’à trouver un beau four à pain ancien. À l’intérieur de la cour, d’autres pans de mur semblaient composer des pièces. Je compris alors que j’étais dans une maison gigantesque, une ancienne bâtisse qui avait dû brûler. Avec mon téléphone, je pris des photos. De retour chez moi, je les envoyais à une voisine passionnée d’histoire, assorties d’un plan pour les situer. Ancienne archiviste à la mairie partie à la retraite, elle avait compulsé patiemment des archives personnelles sur le passé de notre village. Elle aurait sûrement une idée sur l’origine de ma trouvaille.

Le soir même, elle passa me voir. J’étais assis sous mon auvent, en buvant une limonade bien fraîche. Très excitée, elle entra sans me saluer. « Alors, par où allons-nous commencer ? », prononça-t-elle très vite, tout en s’asseyant dans un fauteuil. Elle sortit de son sac un dossier fin. Il contenait quelques papiers qu’elle me montra. Leur odeur de moisi et leur couleur jaunie étaient dues, m’expliqua-t-elle, à une mauvaise conservation. Ils avaient séjourné dans une malle, cachée dans une cave, retrouvée à l’occasion de la disparition du notaire du village. Personne ne les avait vus depuis des années. Comme tout le monde ici connaissait sa passion, les héritiers lui firent parvenir les précieux feuillets.

Un acte de propriété avec le nom de jeune fille de ma mère s’étalait devant moi. Une description précise de la localisation était établie. Elle correspondait à celle des ruines que j’avais découvertes. J’étais si heureux que j’embrassais mon amie sur la joue, d’un gros baiser sonore, puis je courrais appeler toute ma famille.

À présent, dès que nous le pouvons, nous nous retrouvons tous pour la remettre en état. Un jeune couple, des cousins au second degré, a réussi à refaire une partie de la maison pour s’y installer. Bientôt, ils auront l’eau et l’électricité. Une nouvelle vie recommence.